Avis d’appel d’offres pour l’Évaluation finale du projet DIZA-Sud, Tchad

 

 

 

AVIS D’APPEL D’OFFRE

DIZA-Sud

Évaluation finale du projet

Références : AAO N°01/DIZA-Sud/11/2023

1.      Présentation du service demandeur

L’Union européenne (UE) a lancé en 2018 le programme DIZA (Développement Inclusif des Zones d’Accueil) au Tchad. Le programme est financé à l fois par le Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique (FFUE) et par l’Agence Française de Développement (AFD) et vise à assurer l’insertion socioéconomique et professionnelle des populations réfugiées, retournées et des communautés hôtes ainsi que promouvoir la sécurité alimentaire et nutritionnelle de manière durable. Au Sud (DIZA-Sud), la mise en œuvre du projet a été attribué à un consortium de cinq organisations (Caritas Suisse, Solidarités International, Swisscontact, IHDL, Caritas Sarh) pour une durée de cinq ans (novembre 2018 – octobre 2023). Le consortium DIZA-Sud intervient dans les départements de la Grande Sido (Moyen Chari), du Barh Sara (Mandoul), des Monts de Lam et de la Nya Pendé (Logone Oriental).

Le projet DIZA-Sud ayant désormais atteint son terme après un mandat de cinq ans (novembre 2018 – octobre 2023), l’évaluation finale d’impact a pour but de déterminer dans quelle mesure les objectifs et les indicateurs du programme ont été atteints, à évaluer la pérennité des résultats et à analyser l’impact du programme sur les bénéficiaires.

2.      Contexte et justification de la consultation

a.      Situation générale au Tchad

Selon l’Indice de développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le Tchad se classait 186ème sur 189 pays en 2018, 187ème en 2020, ce qui en fait l’un des pays les plus pauvres du monde. Le degré et la persistance du sous-développement dans le pays sont frappants, d’autant que le secteur pétrolier rapporte environ 60 % des recettes d’exportation et jusqu’à un tiers du PIB global. Cependant, la grande majorité de la population travaille dans l’agriculture. La situation centrale du Tchad le rend structurellement vulnérable à l’insécurité alimentaire et aux pénuries d’eau. Selon les données 2015 de l’UNESCO, seule 26 % de la population du pays sait lire et écrire, 14 % chez les femmes, et uniquement la moitié a accès à l’eau potable (WHO, 2020).

Ces dernières années la région a de plus en plus souffert des effets du changement climatique, de la dégradation des sols et des nombreuses crises qui ont frappé la République centrafricaine voisine. Les groupes les plus pauvres de la population locale ont de grandes difficultés à s’adapter à l’évolution constante des circonstances. L’accès aux services de base pour couvrir les besoins essentiels (eau, santé, éducation et alimentation) n’est pas garanti pour une grande partie de la population ou provoque de grandes difficultés. Pour les jeunes surtout, les difficultés économiques sont considérables. Leurs chances de trouver un emploi régulier dans le secteur formel sont faibles et le chômage élevé. Les centres de formation locaux sont rares, ont peu de capacité et ne sont souvent ni physiquement ni financièrement accessibles aux personnes intéressées.

Selon le plan de réponse humanitaire 2022 du Tchad, plus d’un million de personnes sont en situation de déplacement à cause de la situation sécuritaire dans les pays limitrophes et les conflits intercommunautaires, mais aussi de l’exposition croissante aux effets du changement climatique.

Au Sud du Tchad, à l’afflux historique de migrants en provenance de la République centrafricaine et du Cameroun s’ajoute 123 000 réfugiés centrafricains et 78 000 retournés tchadiens, dont l’intégration socio-économique est compliquée par la persistance de besoins de court terme et la dépendance à l’aide humanitaire (qui baisse continuellement). Étant donné la situation politique instable des pays voisins du Tchad, le risque de conflit qui pourrait déclencher de nouveaux flux migratoires est toujours possible.

Afin de lutter contre les causes profondes de la vulnérabilité, de la fragilité et des conflits, le Tchad est un pays pilote pour l’approche « nexus » qui vise à fusionner les actions humanitaires et de développement, en intégrant de plus en plus la paix (triple nexus), tout en répondant aux besoins humanitaires et en renforçant la résilience. À ce titre, le projet représente une initiative « nexus » phare pour le pays et s’appuie sur la longue expérience de Caritas Suisse en matière d’action humanitaire et de coopération au développement dans le pays depuis les années 70, ainsi que sur son expertise développée grâce à son approche dans la promotion de l’utilisation durable des ressources naturelles et le développement économique local dans les zones rurales.

b.      Contexte de la présente consultation

Avec l’objectif général d’« améliorer les conditions de vie des populations hôtes et réfugiées/retournées dans les zones d’accueil, à travers un appui au développement local inclusif », DIZA-Sud est axé sur une approche nexus humanitaire – développement afin d’assurer l’insertion socioéconomique et professionnelle des populations réfugiés, retournés et la communauté hôtes ainsi que de promouvoir la sécurité alimentaire et nutritionnelle de manière durable à travers la promotion des filières porteuses innovantes et l’amélioration de l’accès aux services socio-économiques de base.

DIZA-Sud cherche à contribuer à atténuer l’emprise de ces crises sur les conditions de vie des ménages les plus affectés et restituer à ceux-ci, sur le long terme, leurs capacités de résilience et d’autosuffisance. Pour ce faire, le projet a poursuit les trois objectifs spécifiques suivants :

  • Objectif spécifique 1: Soutenir l’accès aux services de base et aux mécanismes de protection sociale pour toutes les populations (locales et retournées, réfugiées) avec la création de fonds d’investissement communautaire.
  • Objectif spécifique 2: Renforcer la création d’opportunités économiques et d’emplois afin de donner aux populations les moyens pour parvenir à l’autosuffisance économique.
  • Objectif spécifique 3: Renforcer les mécanismes de gouvernance locale en renforçant les capacités techniques des autorités et en créant une dynamique de concertation régulière entre populations, autorités locales et parties prenantes.

Ces objectifs sont déclinés en 8 résultats (R) correspondants :

  • R1 : L’accès aux mécanismes de protection sociale pour les plus vulnérables est amélioré.
  • R2 : Des services essentiels et des actifs communautaires sont (re)construits à travers l’organisation de chantiers Haute Intensité de Main d’œuvre (HIMO).
  • R3 :Des fonds communautaires sont créés ou soutenus pour le fonctionnement et le maintien des services essentiels et l’accès à l’épargne-crédit.
  • R4 : Les réfugiées, retournées et autochtones ont accès au microcrédit et sont accompagnées et encadrés (‘coaching’).
  • R5 : Des chaînes de valeur dans les domaines agro-sylvo-pastoraux sont créées et les ressources naturelles valorisées.
  • R6: L’offre de formation professionnelle et technique augmente et s’améliore.
  • R7 : Les populations, autorités locales et parties prenantes renforcent leurs capacités dans la planification, la gestion et la redevabilité participative, y compris des finances locales.
  • R8 : Les échanges culturels sont encouragés et renforcés entre les communautés.

Le projet comprend également deux thèmes transversaux : le genre et la sensibilité aux conflits/la cohésion sociale.

c.       Objectifs de la prestation

L’évaluation finale d’impact a pour objectif de déterminer dans quelle mesure les objectifs et les indicateurs du programme ont été atteints, d’examiner la pérennité des résultats et d’analyser l’impact du programme sur les bénéficiaires et les structures et comités mises en place ou soutenues. Elle est destinée à Caritas Suisse et aux autres parties prenantes concernées (telles que les ONGs partenaires de mise en œuvre) en tant qu’exercice d’apprentissage et de responsabilisation. Elle évaluera la conception et la pertinence du projet, ainsi que la réalisation de ses objectifs. Elle recueillera et analysera les leçons apprises, les défis rencontrés et les meilleures pratiques obtenues au cours de la mise en œuvre, qui pourraient orienter la stratégie de programmation d’un programme ultérieure ou d’autres actions similaires. Ainsi, l’évaluation externe sera à la fois rétrospective (évaluation des résultats, de la pertinence, de l’efficacité) et prospective (nouvelles pistes et recommandations).

L’évaluation prendra en compte les études et évaluations précédemment entreprises dans le cadre du projet, telles que les évaluations à mi-parcours, les évaluations menées par le SPONGAH et le Ministère du PLAN, l’évaluation sur le genre et les conflits (mai 2023), l’évaluation de l’impact des activités de formation professionnelle (mai 2023), ainsi que toute autre étude ou rapport que l’évaluateur jugera pertinent.

Dans les mêmes zones d’intervention que DIZA-Sud, Caritas Suisse met en œuvre des projets complémentaires. Il sera important que cette évaluation analyse la dynamique de cette complémentarité et inclus dans les recommandations la façon dont des améliorations pourraient être apportées pour capitaliser sur les synergies avec d’autres projets pour une phase ultérieure du programme.

La période que couvrira l’évaluation finale est axée sur le processus de mise en œuvre, du début du projet jusqu’à la fin. Cette évaluation se veut une réflexion externe indépendante sur le programme, qui viendra compléter les cycles de réflexion interne mis en œuvre par l’équipe du projet et les partenaires extérieurs. L’évaluation sera basée sur trois des six critères du CAD de l’OCDE : efficacité, impact et durabilité.

Objectif 1 : Evaluation de l’impact des activités

L’objectif 1 vise à :

  • Évaluer la logique d’intervention du projet (ciblage, activités, mécanismes de mitigation et d’adaptation du projet à l’évolution du contexte, etc.) ;
  • Générer une vue d’ensemble pratique des résultats, tels qu’ils sont vécus par les bénéficiaires et les autres parties prenantes engagées ;
  • Identifier tout domaine potentiel d’impact / de résultat qui n’a pas été prévu dans le cadre de suivi et d’évaluation du projet (triple nexus, approche de graduation, etc.) grâce à la construction participative des chaînes de résultats ;
  • Permettre des aperçus de l’impact, l’efficacité et la durabilité globale de la portée du projet dans son ensemble ;
  • Analyser les dynamiques de complémentarité avec d’autres projet (internes ou externes); et
  • Identifier les meilleures pratiques méthodologiques et les leçons apprises, y compris en ce qui concerne les partenariats et l’engagement des parties prenantes.

Les domaines clés auxquels l’évaluation est censée répondre sont basés sur les trois critères du CAD de l’OCDE, comme suit :

  • Efficacité – Mesure dans laquelle les activités atteignent leurs objectifs. Pour évaluer l’efficacité d’un programme ou d’un projet, il est utile de se poser les questions suivantes :
    • Dans quelle mesure les objectifs ont-ils été atteints / sont-ils susceptibles d’être atteints ?
    • Quels ont été les principaux facteurs influençant la réalisation ou la non-réalisation des différents objectifs ? Réflexion sur les différents facteurs : internes et externes, opérationnels et programmatiques, composantes du projet, etc.
    • Les rôles et les responsabilités de différentes parties prenantes (partenaire de mise en oeuvre et structures de l’Etat) sont-ils clairs et assumés pour un fonctionnement du mécanisme de coordination ?
  • Impact – Les changements positifs et négatifs produits par une intervention de développement, directement ou indirectement, voulus ou non. L’examen doit porter à la fois sur les résultats voulus et non voulus et doit également inclure l’impact positif et négatif des facteurs externes. Lors de l’évaluation de l’impact d’un programme ou d’un projet, il est utile de se poser les questions suivantes :
    • Quel changement l’intervention a apportée dans la vie des ménages vulnérables et très vulnérables ?
    • Comment les bénéficiaires, les communautés locales et les autorités locales voient-ils eux-mêmes l’impact et comment décrivent-ils les changements ?
    • Dans quelle mesure l’approche appliquée (double nexus) a-t-elle permis d’avoir un impact positif au-delà de la durée de vie du projet ?
  • Durabilité – La durabilité consiste à mesurer si les avantages d’une activité sont susceptibles de perdurer après le retrait du financement des donateurs. Les projets doivent être durables sur le plan environnemental et financier. Lors de l’évaluation de la durabilité d’un programme ou d’un projet, il est utile de se poser les questions suivantes :
    • Dans quelle mesure les bénéfices du projet peuvent-ils se poursuivre après la fin du projet ?
    • Quels sont les principaux facteurs qui ont influencé la réalisation ou la non-réalisation de la durabilité du programme ou du projet ?

Objectif 2 : Formulation de recommandations opérationnelles

  • Sur la base de l’évaluation de l’impact de l’objectif 1 de cette étude, l’objectif 2 vise à analyser les risques liés aux activités et formuler des recommandations concrètes sur la programmation. Les recommandations peuvent inclure par exemple si d’autres activités ou approches auraient pu être mises en œuvre et selon quelles modalités pour renforcer la validation des hypothèses de base du projet.

d.      Méthodologie

L’offre détaillera l’approche méthodologique retenue et adaptée par rapport aux attendus listés précédemment. Dans tous les cas, il est attendu à minima :

  • Revue de la littérature existante (« desk review ») ;
  • Entretiens avec des personnes-ressources issues par exemple les membres du consortium du projet, des institutions nationales et locales pertinentes, des organisations de la société civile, de la recherche, d’organisations internationales, etc. ;
  • Enquêtes de terrain auprès des populations cibles comprenant des entretiens collectifs et individuels, des enquêtes quantitatives si nécessaire, etc. ;
  • Une phase de compilation et d’analyse des données ainsi que de rédaction des livrables ;
  • Des points de rendez-vous avec Caritas Suisse, a minima au démarrage et à la fin de la prestation, et si nécessaire durant l’exécution du marché.

e.       Livrables

Le prestataire devra produire les livrables suivants :

  • Rapport de démarrage incluant une matrice d’évaluation ;
  • Rapport final incluant l’évaluation de l’impact des activités et des recommandations ;
  • Restitution (présentation) du rapport à Caritas Suisse.

f.        Calendrier indicatif et échéancier

L’évaluation sera réalisée dans les 4 départements de l’intervention et durera trente (30) jours au maximum. Elle se déroulera entre le 8 décembre 2023 et le 25 janvier 2024.

Le calendrier avec un chronogramme sera retenu sur la base de la méthodologie et du plan de travail proposés par les soumissionnaires.

L’échéancier ci-dessous donne une indication sur les dates butoirs à respecter dans le plan de travail proposé par les soumissionnaires.

DateActivité
20.11.2023Publication des termes de référence
20-01.12.2023Soumission des offres techniques et financières
08.12.2023Conclusion du contrat
08.11.2023Début de la consultance
15.12.2023Soumission du rapport de démarrage
17.01.2024Soumission du rapport provisoire d’évaluation
19.01.2024Feedback du client
23.01.2024Atelier de restitution
25.01.2024Soumission du rapport final

g.      Lieu d’exécution

La réalisation de cette prestation peut être réalisée partiellement à distance. Elle doit cependant inclure une mission de terrain dans un ou plusieurs des départements d’intervention du projet, soit les Monts des Lam, la Nya Pendé, le Barh Sara, et la Grande Sido.

3.      Profil de l’expertise et candidature

a.      Profil et compétences attendues de l’expertise

Le profil sélectionné devra être capable de faire le lien entre la théorie et l’application opérationnelle afin de pouvoir émettre des recommandations concrètes.

Le ou la candidat(e) qui souhaite postuler pour cette mission doit posséder les diplômes et qualifications demandées ci-dessous :

  • Être titulaire d’un diplôme universitaire de niveau Bac + 4 en sciences sociales, économie, développement rural, ou toute autre discipline apparentée ;
  • Avoir cinq (5) ans minimums d’expérience dans les secteurs du développement et de l’humanitaire et disposant d’une expérience solide sur des prestations impliquant la réalisation d’études d’impact des activités de projets, de recommandations concrètes et de plans d’actions ainsi que la formulation, la gestion et le suivi évaluation de projet ;
  • D’une compétence sectorielle sur le secteur agro-pastoral, des chaînes de valeur agricoles et de la structuration de filières, des enjeux de gestion des ressources naturelles, des filets sociaux et une bonne compréhension des enjeux d’accès aux services essentiels en milieu urbain et rural, et de l’approche graduelle intégrant la prise en compte des enjeux de genre dans ce secteur ;
  • Avoir une expertise avérée dans les méthodologies permettant d’établir des liens de causalité entre le projet et les changements observés ;
  • Avoir une expérience confirmée dans l’évaluation d’au moins 5 programmes ou projets.
  • Disposer d’excellentes connaissances transversales sur la sécurité alimentaire, la résilience ainsi que la gouvernance locale et l’agriculture ;
  • Avoir un sens de travail en équipe dans un sens critique et constructif ;
  • Connaissance des trois Provinces au Sud est un plus ;
  • Langue : français.

Les responsabilités qui leur seront confiées ne doivent pas les placer dans une situation de conflit d’intérêts.

b.      Dossier de candidature

Le dossier de candidature devra comprendre :

  • Proposition technique détaillant la méthodologie avec un chronogramme précis et les expériences de missions similaires.
  • Présentation de l’équipe / des consultant.e.s (CVs à joindre obligatoirement) disposant d’expériences similaires dans le pays.
  • Proposition financière (équipe enquêteurs/trices, traduction, transport, hébergement, mission de terrain etc.) et la déclinaison des jour/personnes.

Le dossier de candidature doit être produit en français et sera envoyé à l’adresses électronique suivante avant le 2 décembre 2023 : tchadrecrutement@caritas.ch.

c.       Critères de sélection

CritèrePondérationDescription
Expérience de l’équipe / des consultant.e.s20%L’expérience de l’équipe / des consultant.e.s dans des projets d’évaluation similaires
Compréhension du mandat15%La compréhension des objectifs et de l’importance de cette évaluation
Méthodologie d’évaluation20%La méthodologie prévue pour la réalisation de l’évaluation et sa pertinence
Calendrier et planification5%La période proposée pour l’évaluation
Budget et structure des coûts30%Le budget proposé pour l’évaluation et une répartition claire des coûts
Références pertinentes10%Références et retours d’expérience provenant de projets d’évaluation antérieurs

Contacts

Le prestataire aura pour interlocutrice principale :

Julie Marchal

Chargée de projet DIZA-Sud

jmarchal@caritas.ch

Le Directeur pays de Caritas Suisse-Tchad

MAMABOLEO Mishiki Mike

Partager