Programme : « Gestion durable des ressources en eau dans le bassin du lac Tchad »
Module : « Gestion appliquée des ressources en eau dans le bassin du lac Tchad »,
Extrant : « Mise en œuvre de mesures pratiques »
PN : 18.2224.6.001.00
Termes de référence pour « Accompagnement des groupements et des agriculteurs dans la mise en place des mesures d’adaptation au changement climatique : maraîchage en contre saison avec utilisation des pompes solaires et autres techniques durables ».
Contexte :
Contexte de la composante ACC (Adaptation au Changement Climatique)
L’objectif de l’Extrant 3 « mise en œuvre de mesures pratiques » est « Les capacités de la CBLT à mettre au point et réaliser des mesures améliorant la gestion transfrontalière des ressources en eau sont renforcées ».
Dans la phase antérieure, le projet a réalisé les actions suivantes : (i) Inventaire des systèmes de production (agriculture pluviale, agriculture de décrue, agriculture d’irrigation en contresaison, pêche et grand élevage (transhumance) ; (ii) Mise en œuvre de mesures d’adaptation au CC pour ces systèmes de production et (iii) Diffusion des expériences (bonnes pratiques).
Les inventaires ont permis de connaître les acteurs et leur perception paysanne des changements climatiques, ainsi que leurs tentatives locales d’adaptation face à ces problèmes. Ces initiatives locales, ont été renforcé à travers des mesures concrètes d’adaptation au CC sur le terrain pour améliorer le niveau de résilience des populations locales.
Pour la présente phase, il est attendu qu’« environ 5000 ménages comptant quelque 30 000 habitants (30 villages, 6 départements) dans la zone d’intervention emploient des bonnes pratiques agricoles qui contribuent à améliorer les conditions de vie (approvisionnement alimentaire, sécurité des revenus) de ménages défavorisés / pauvres, en particulier ceux tenus par des femmes seules ». De même, « les ménages de la zone d’intervention touchés par les actions du projet ont vu leurs revenus augmenter de 10 % en moyenne ».
Ce document présente les Termes de Références (TdR) pour une mesure dans le système d’agriculture de contre-saison mettant l’accent sur le maraîchage en utilisant des pompes solaires. Le maraîchage peut rendre des petits exploitants moins vulnérables à une pluviométrie irrégulière, améliorer la situation alimentaire et nutritionnelle et aider à la diversification des moyens de subsistance.
Situation actuelle du système agricole de contre-saison
Dans la zone du projet, la disponibilité de la nourriture pour la population rurale est rare et tributaire de la saison pluvieuse, de plus en plus courte. L’agriculture pluviale est pratiquée par la plus grande partie de la population de la zone du projet. En plus, dans les régions où les conditions de sol le permettent, c’est-à-dire bas-fond aux sols limoneux-argileux, les agriculteurs pratiquent depuis longtemps les cultures de décrue, surtout le berbère (sorgho de décrue).
Dans le nord-est de la zone pilote (départements de Chari et Baguirmi au Tchad) le développement des cultures maraichères se limite à des petites superficies par un nombre limité des ménages. Les parcelles sont généralement irriguées à l’aide d’arrosoirs. Des coûts d’investissement initiaux élevés et des coûts de fonctionnement élevés (principalement pour le carburant et l’entretien) rendent difficile pour de nombreux agriculteurs la pratique du maraîchage.
Les producteurs horticoles, cultivent une gamme des variétés maraîchères variant d’une zone à une autre. Les tomates, le gombo, la carotte, l’oseille de Guinée, la laitue et les piments sont les cultures maraîchères les plus couramment cultivées. La plupart des produits sont soit vendus directement aux consommateurs fournissant des revenus aux ménages ruraux, soit consommés directement. La production horticole est dominée par les femmes par opposition à la production céréalière, traditionnellement considérée comme un domaine masculin.
Situation future : effets du CC dans le système agriculture de contre-saison
Les effets des changements climatiques sur la saison pluvieuse sont les suivants :
- La saison de pluie est de plus en plus courte. La pluie arrive tard et finit plus tôt ;
- Les pluies deviennent irrégulières avec beaucoup de poches de sècheresse ;
- Les inondations deviennent de plus en plus fréquentes le long des cours d’eau ; et
- La quantité de pluie diminue de plus en plus, de façon irrégulière.
Les agriculteurs deviennent plus vulnérables parce que leur base alimentaire dépend entièrement de la saison pluvieuse. Par conséquence, l’agriculture de contre-saison, y inclus la production céréalière irriguée et le maraîchage, devient plus importants. L’agriculture irriguée et le maraîchage rendent les agricultures moins vulnérables aux effets des changements climatiques sur la production la production pluviale. Le maraîchage à son tour est vulnérable aux changements climatiques par :
- L’augmentation de besoins en eau des cultures ;
- L’augmentation de la pression parasitaire ;
- Des inondations plus fréquentes.
Description du contexte de la mesure d’adaptation :
L’encouragement et le développement de la production maraichère est une des principales mesures d’adaptation dans le secteur agricole identifiée par les Programmes d’Action National d’Adaptation (PANA) aux changements climatiques des pays membres de la CBLT.
Par ailleurs, à mesure que les panneaux solaires deviennent plus abordables, les technologies solaires photovoltaïques (PV) sont devenues des solutions à haut potentiel pour l’électrification rurale, l’approvisionnement en eau et l’irrigation en Afrique subsaharienne (ASS). Les pompes solaires PV sont devenues une technologie émergente en Afrique subsaharienne. L’irrigation à énergie solaire (ou avant d’autre moyens durables) est une technologie favorable aux pauvres qui permet de protéger l’agriculture contre les chocs climatiques, de promouvoir une intensification et une diversification durables et d’assurer la sécurité alimentaire et des moyens de subsistance.
Des preuves provenant du nord du Bénin (climat soudano-sahélien) et d’autres régions au climat similaire montrent que l’irrigation solaire des cultures maraichères augmente significativement le revenu et l’apport nutritionnel des ménages, en particulier pendant la saison sèche, et est plus rentable par rapport aux technologies alternatives, p.ex. Irrigation avec des pompes diesel.
Afin de garantir une pratique de maraîchage irriguée durable dans des conditions climatiques changeant, les caractéristiques suivantes sont recommandées[1] :
- La pratique d’une irrigation très économe en eau (pour limiter l’impact qualitatif et quantitatif sur la nappe) et qui évite l’aspersion des parties aériennes des plantes (réduction de la pression des bio agresseurs) ;
- La réduction de l’usage des intrants synthétiques pour réduire l’atteinte au milieu et à la santé humaine, et de privilégier les intrants riches en matière organique (rétention du carbone, des matières solubles et de l’humidité dans les sols) ; et
- Tout en améliorant la qualité des produits maraîchers pour le consommateur, ces interventions contribueront à la réduction des risques climatiques et des risques de pollution des nappes et des produits maraîchers, ainsi qu’à l’augmentation de l’efficience des énergies fossiles.
Objectif de la prestation :
La présente prestation a pour objectif l’accompagner des paysans individuels et des paysans regroupés en association (groupement ou union) dans la mise en œuvre des activités maraîchères dans la zone d’intervention du projet.
Plus spécifiquement, il s’agira de :
- Former les bénéficiaires sur le processus de mise en place et entretien d’une parcelle maraîchère en saison sèche avec des semences améliorées adaptées au contexte climatique et accompagner la mise en œuvre ;
- Former les bénéficiaires sur la gestion durable et intégrée des ressources en eau ;
- Former les bénéficiaires sur l’autoproduction des semences et suivre la mise en œuvre ;
- Former les bénéficiaires sur la fabrication des pesticides/insecticides à partir des matières végétales et accompagner la mise en œuvre ;
- Mettre en œuvre le concept « farmer field school » et animer les champs écoles ;
- Suivre la mise en pratique des enseignements dispensés dans les champs-écoles ;
- Rapporter les résultats.
Tâches à exécuter :
La mesure d’adaptation aux changements climatiques présentée dans ces TdR consiste à la promotion du maraîchage dans la contre-saison froide (octobre à mars) en utilisant une pompe solaire PV et autres moyens d’irrigation durable. Étant donné la difficulté posée par une saison pluviale plus courte, la mesure d’adaptation vise à diversifier la base alimentaire et nutritionnelle des paysans pour réduire la vulnérabilité et renforcer les capacités d’adaptation des paysans.
Afin de garantir la durabilité de l’intervention, les aspects suivants feront partie intégrante de cette mesure d’adaptation :
- Utilisation d’une pompe solaire exigeant peu d’entretien et d’autres moyens d’exhaure durable ;
- Promotion des techniques d’irrigation contribuant à une gestion durable et intégrée des ressources en eau ;
- Utilisation de fumure organique pour améliorer la structure des sols et leur teneur en nutriments et la réduction de dépendance des intrants extérieurs ;
- Préparation de biopesticides avec des matériaux locaux pour réduire la dépendance des intrants extérieurs : feuilles et graines de neem et – selon disponibilité et faisabilité – gousses de l’ail, tabac sec, piment etc. ;
- Production de semences pour la campagne prochaine.
Bénéficiaires :
Le prestataire va accompagner 168 paysans répartis comme suit :
- 07 groupements/unions ;
- 58 paysans individuels.
Ces bénéficiaires sont répartis en quatre zone et chaque zone sera suivi par un animateur.
- Zone 1 : Bongor-Moulkou ;
- Zone 2 : Guelendeng ;
- Zonz 3 : Mailoa-Meskene ;
- Zone 4 : Karanik-Linia.
Prestations :
Les prestations en général consistent en un accompagnement des bénéficiaires par l’ONG assistée par les Services techniques d’agriculture tout au long du processus de la réalisation de la mesure :
- Mise en place des pépinières et des parcelles maraîchères en contre saison ;
- Entretien des cultures maraîchères en contre saison ;
- Formation et suivi de mise en œuvre des techniques d’irrigation économe en eau : semi goutte-à-goutte ; canaux imperméabilisés ; limitation de l’évapotranspiration ;
- Appuis en fabrication des pesticides/insecticides à base des plantes et suivi de la mise en œuvre ;
- Formation en autoproduction des semences et suivi de la mise en œuvre ;
- Récolte, conditionnement et vente des produits maraîchers.
Pour cela, l’ONG retenue en commun accord avec le projet s’engage à mobiliser :
- 04 techniciens (animateur) de l’ONG pour la formation et l’accompagnement ;
- Un représentant du service technique agricole par département dans la mise en place d’un tel dispositif pour un suivi technique des tests de démonstration.
Résultats attendus :
À la fin de la mesure d’adaptation dans le système maraîchage (2019/2020) :
- Les agriculteurs bénéficiaires ayant participé à la formation initiale sur la mesure, connaissent les problèmes de l’agriculture face aux changements climatiques et d’autres possibilités d’adaptation et de production agricole pouvant améliorer leurs capacités de résilience locale ;
- Les agriculteurs bénéficiaires sont satisfaits de l´appui, échangent entre eux les expériences sur la bonne manière de conduire de telles mesures d’adaptation au CC : les méthodes de gestion intégrée des ressources en eau ;
- Les agriculteurs bénéficiaires ont produit des insecticides et des pesticides à base des plantes et ont lutté contre les ravageurs à l’aide de ces produits ;
- Les agriculteurs bénéficiaires sont capables de produire les semences pour leur propre utilisation ;
- Les agriculteurs bénéficiaires sont capables de témoigner de l´efficacité de ces mesures (bonnes pratiques) au profit des autres agriculteurs et de diffuser les semences améliorées adaptées au contexte climatique ;
- Les bénéficiaires ont mis en pratique les enseignement reçus et ont amélioré leur revenu d’au moins 10%.
Livrables :
Les rapports et les données (CR, Fiches techniques, etc…) à livrer par l’ONG sont détaillés dans le calendrier, colonne 5 : Quel résultat concret (document, rapport, …) est attendu par l’ONG. Les modèles à utiliser l’ONG se trouvent en annexe des présents TdR :
Rapport préliminaire sur la production des pépinière et mise en place des parcelles maraîchères ;
Rapport intermédiaire (voir calendrier des activités) : il sera livré après le 3ème mois du contrat, après l’activité du suivi végétatif de la mesure. Le modèle de la Table des matières pour le rapport se trouve an annexe 6 des présents TdR. Le rapport comprendra tous les tableaux/fiches complété(e)s (1) à (4) et (7), mentionnés dans la colonne 5 du calendrier, en annexe.
Les chapitres résument les annexes (CR, fiches, formations, suivi, etc.) sous forme d’une synthèse : les contenus des étapes, les succès et les difficultés vécues et la façon dont elles ont été résolues, leurs visions, ainsi que des recommandations.
Rapport final (voir calendrier des activités) : il sera délivré dans le dernier mois du contrat, après la récolte. Le modèle de la Table des matières pour le rapport se trouve en annexe 9 des présents TdR. Le rapport comprendra tous les tableaux/fiches complété(e)s (1) à (8), mentionnés dans la colonne 5 du calendrier, en annexe.
Les chapitres résument les annexes (CR, fiches, formations, suivi, etc.) sous forme d’une synthèse : les contenus des étapes, les succès et les difficultés vécues et la façon dont elles ont été résolues, leurs visions pour la diffusion de cette mesure, ainsi que des recommandations pour le cas où tel test devrait être refait dans une autre zone.
Les rapports seront remis sous forme d’un document papier relié, ainsi que d’un dossier classé sur un CD comprenant les photos réalisées.
Méthodologie de travail :
La prestation se déroulera selon les étapes suivantes :
1. Étape préalable :
- Aide labour ;
- Mise à disposition de nourriture et de boissons pendant les activités des étapes stratégiques de la période végétative.
2. Formation des groupement / des paysans pilots : Organisation et mise en œuvre d’une formation initial sur le maraichage par ITRAD et / ou autres experts de profil agricole disposant d’expériences approfondis en maraîchage, p.ex. (Une formation initiale de deux jours, dans les huit sites retenus.
3. Accompagnement, formation et suivi des étapes :
- Réalisation des visites et formation pratique aux moments stratégiques de préparation des champs, du semis, levée, désherbage, préparation des pesticides biologiques (neem et autres), ravageurs, récolte, exploration des marchés et commercialisation ;
- L’ONG veillera à la conformité des pratiques avec l’itinéraire technique de l’ITRAD. Pendant chaque visite, l’ONG remplira la fiche de suivi qui sera soumise au projet selon le calendrier de rapportage (voir Annexe 7) ;
- Organisation d’une formation sur l’utilisation et l’entretien de la pompe ;
- L’ONG va organiser la traduction des fiches techniques utilisées en arable locale ;
- L’ONG va former sur l’autoproduction des semences et la production des pesticides/insecticides à base des plantes et superviser la mise en pratiques ses enseignements ;
- Animation des champs école paysan : 5 rencontres dans un champ retenu dans chacun de huit sites et tous les bénéficiaires participeront à cette rencontre. Au cours de cette rencontre, les activités relatives à l’étape stratégique seront pratiquées devant tous les bénéficiaires qui vont participer à l’exercice. Lesdites étapes sont :
- La préparation des parcelles ;
- Le semis ;
- L’entretien : désherbage et sarclage, irrigation et entretien des outils/matériels ;
- Lutte contre les ravageurs : fabrication des pesticides et démonstration des moyens de lutte contre d’autres ravageurs ;
- Production de semences, récolte et conditionnement.
NB : un repas collectif est organisé à chaque rencontre.
Documentation et Diffusion des activités : Documenter, capitaliser et diffuser les expériences faites.
Évaluation de la mesure : Atelier de restitution : Participer à l’Atelier d’évaluation de la mesure.
Spéculations tests :
Les cultures à tester ont été choisis en fonction des critères suivants :
- Les cultures sont socialement et culturellement acceptés ;
- Il y a une demande du marché existante et les cultures sont potentiellement rentables ;
- Les semences des cultures sont disponibles sur les marchés tchadiens.
Pour toutes les cultures proposées, les variétés améliorées disponibles sur les marchés tchadiens seront choisies. Voir le tableau ci-dessous.
Tableau 1 : Semences améliorées adaptées au contexte des cultures maraichères[2] à tester
| Culture | Durée du cycle végétatif |
| Semis en pépinière | |
| Oignon (Allium cepa) | · Transplantation : 40-50 jours après semis ; · Récolte : 70-80 jours après transplantation (120-130 jours après semis) |
| Piment (Capsicum spp.) | · Transplantation : 30-40 jours après semis ; · Récolte : 60-90 jours après transplantation (90-120 jours après semis) |
| Tomates (Solanum lycopersicum) | · Transplantation : 28-35 jours après semis ; · Récolte : 90-110 jours après transplantation (120-140 jours après semis) |
| Semis direct | |
| Carottes (Daucus carota) | · Récolte : 80 à 120 jours pour les variétés précoces. |
| Gombo (Abelmoschus esculentus) | · Récolte : Tous les 2 à 3 jours à partir de 60 jours après semis pour les variétés précoces · La durée du cycle végétatif de gombo et très variable et dépend de la variété (selon la variété, le lieu et la saison la durée peut varier entre 4 et 12 mois) |
| Oseille de Guinée (Hibiscus sabdariffa, également appelé Bissap ou Roselle) | · Récolte de feuilles / : A partir de 40-60 jours après semis · Récolte des calices / fleurs : 120-180 jours après semis |
| Laitue (Lactuca sativa) | · Récolte : 60-80 jours après semis |
| Condiments (céleris, persil, poivron, haricot vert ……) | · Récolte : 90-150 jours après semis (avant le développement des fruits) |
[1] Cf. FIDA (2015). Projet d’appui au développement du maraîchage (PADMAR) au Bénin.
[2] Cf. PROTA Foundation (2004). Plant Resources of Tropical Africa 2: Vegetables.
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